À l’occasion du congrès national des sapeurs-pompiers, Renault Trucks présente sa vision des véhicules de secours et de lutte contre les incendies de demain. Face à l’évolution des risques liés aux feux de forêt, la Halle du Design (HDD) du constructeur a imaginé un écosystème associant un véhicule de commandement, des drones et des modules autonomes afin de rendre les interventions plus sûres et plus efficaces.
Depuis plus d’un siècle, Renault Trucks conçoit des véhicules destinés aux professionnels du secours et de la lutte contre les incendies. Aujourd’hui, alors que le changement climatique s’intensifie et que les risques de feux de forêt gagnent de nouveaux territoires, découvrons la dernière « Vision » de Renault Trucks.
Les incendies devenant plus vastes, plus rapides et plus difficiles d’accès, les moyens de lutte doivent évoluer. Sous la direction de Paul Daintree, la Halle du Design de Renault Trucks a imaginé un écosystème coordonné dans lequel chaque véhicule ou module remplit une fonction précise. L’objectif est double : améliorer la connaissance de la situation et concentrer les moyens sur les zones où le feu est le plus intense, sans exposer inutilement les sapeurs-pompiers au danger.
Un véhicule de commandement maintenu en retrait
Un véhicule basé sur une plateforme Renault Trucks constitue le cœur opérationnel et le centre de commandement du système. Positionné à l’écart du front de l’incendie, il permet à un opérateur de coordonner le déploiement de drones et de modules terrestres.
Dans la cabine, des écrans numériques haute définition reconstituent l’environnement en trois dimensions à partir des images des caméras et des données collectées par les différents capteurs. Le conducteur conserve ainsi une représentation précise du terrain, même lorsque la fumée réduit fortement la visibilité.
Grâce à une connectivité complète, ces vues et ces données peuvent être échangées et partagées. Entièrement connecté, le véhicule de commandement peut fonctionner de manière autonome ou au sein d’un ensemble d’unités coordonnées en essaim, en lien avec d’autres véhicules et des centres de commandement distants. L’objectif est de maximiser l’efficacité des opérations tout en réduisant les risques au minimum.
Des drones et des modules autonomes au plus près de l’incendie
En plus de participer à l’extinction du feu, les drones fournissent au centre de commandement des images aériennes ainsi que des données sur la progression de l’incendie et les conditions météorologiques. Ils peuvent aider à localiser les points chauds, guider les opérations et surveiller la zone après la maîtrise de l’incendie afin de détecter rapidement une éventuelle reprise.
Au sol, des modules d’appui autonomes ou télécommandés acheminent de l’eau et des équipements jusqu’aux secteurs où l’intensité des flammes, la fumée ou l’instabilité du terrain empêchent toute intervention humaine. Depuis le centre de commandement, l’opérateur continue de superviser les opérations. Il peut, si nécessaire, prendre le contrôle à distance. Des liaisons satellitaires sécurisées assurent les communications de véhicule à véhicule ainsi qu’entre les véhicules et les infrastructures.
> Quel rôle les « Visions » jouent-elles dans la démarche d’innovation de Renault Trucks ?
Les « Visions » nous permettent de nous projeter dans les écosystèmes de demain. En nous appuyant sur une analyse PESTEL continue - portant sur les facteurs politiques, économiques, socioculturels, technologiques, environnementaux et légaux -, nous pouvons élaborer des scénarios pertinents.
Les produits et services de Renault Trucks doivent pouvoir s’intégrer naturellement dans un avenir marqué par la connectivité, l’électromobilité et l’intelligence artificielle. C’est précisément tout le sens de notre stratégie « True Makers, True Partners ».
Notre « Vision » la plus récente, U-Connect, consacrée à la logistique urbaine du dernier kilomètre, a été récompensée. Elle permettrait de transporter 6,5 fois plus de marchandises à coût équivalent, tout en divisant par deux la congestion urbaine.
Cette « Vision » nous a également permis d’identifier les partenaires les plus pertinents, parmi lesquels Renault SA, Kleuster et Flexis, et de développer des services d’accompagnement tels que Renault Trucks City, installé au cœur de l’Hôtel de logistique urbaine de Lyon.
> Qu’est-ce qui vous a conduit à réfléchir sur les véhicules de secours et de lutte contre les incendies de demain ?
Le CO₂. En 2022, les feux de forêt en France ont émis dix fois plus de CO₂ que la moyenne des vingt années précédentes. C’est considérable !
Renault Trucks possède une véritable expertise dans ce domaine. Depuis plus d’un siècle, nous accompagnons les professionnels du secours et de la lutte contre les incendies sur plusieurs continents.
L’accélération des risques nous impose également de nous projeter plus loin. Les surfaces touchées augmentent, les incendies gagnent de nouvelles régions et certaines interventions deviennent trop dangereuses pour les équipes.
Notre point de départ était simple : comment les technologies et les écosystèmes de demain peuvent-ils mieux protéger les sapeurs-pompiers, tout en permettant d’éteindre les incendies beaucoup plus rapidement et en réduisant les émissions de CO₂ ?
> Vous avez imaginé un système dans lequel un véhicule opérationnel reste à distance de sécurité tout en coordonnant plusieurs modules autonomes intelligents et des drones. Quels avantages un tel dispositif pourrait-il apporter ?
Le premier avantage est la sécurité. Téléopérés, les drones et les modules autonomes d’appui au sol peuvent pénétrer dans des zones où une présence humaine serait trop dangereuse. L’opérateur reste dans le véhicule de commandement, à une distance sûre de l’incendie.
Le deuxième avantage est l’efficacité. Les drones et les modules autonomes d’appui au sol peuvent progresser plus profondément dans les zones incendiées, tandis que l’opérateur dispose d’une vision consolidée de la situation et peut concentrer les moyens sur les zones où le feu est le plus intense.
Comme chaque unité nécessite moins d’opérateurs, il devient possible de déployer davantage de modules et de les coordonner selon une logique d’essaim.

> Le véhicule de commandement est-il lui-même conçu pour protéger l’opérateur ?
Tout à fait. En restant à l’intérieur du véhicule opérationnel, le sapeur-pompier bénéficie de différents dispositifs conçus pour préserver la qualité de l’air et maintenir une température modérée dans la cabine. Le compartiment de l’équipage est ainsi conçu pour empêcher la fumée et les substances toxiques ou nocives de pénétrer à l’intérieur.
Le siège est conçu pour limiter les zones de contact avec le dos de l’occupant, ce qui favorise la ventilation tout en contribuant à absorber les chocs.
La fumée n’est pas le seul obstacle à surmonter. Le véhicule opérationnel n’a pas besoin de s’aventurer sur un terrain instable ou escarpé : cette mission revient aux modules autonomes.
> Ecran 3D, modules autonomes, … c’est de la science-fiction ?
Non. Les briques technologiques existent déjà : plateformes autonomes, téléopération, capteurs, visualisation en trois dimensions et communications satellitaires. Le principal enjeu consiste à les intégrer dans un système cohérent et adapté aux conditions d’intervention.
La réglementation devra également évoluer. Comme ces véhicules opéreraient dans des périmètres fermés au public, des essais pourraient être menés plus rapidement que pour des véhicules autonomes circulant librement sur la voie publique.
> À quelles échéances ces solutions pourraient-elles apparaître ?
Une première démonstration de véhicule pourrait être envisagée avant la fin de la décennie. Les modules autonomes pourraient atteindre leur maturité opérationnelle peu après 2030, sous réserve des résultats des essais et de l’évolution de la réglementation.
La version la plus futuriste de l’intérieur, équipée d’un simulateur et d’un écran OLED transparent, devrait plutôt voir le jour autour de 2040. Ces dates indiquent une orientation et ne constituent pas un calendrier industriel.
> Comment comptez-vous associer les professionnels du secours à la suite du projet ?
« True Makers. True Partners. » Les partenariats sont essentiels : l’implication de nos partenaires constitue une condition indispensable à la réussite d’un tel projet.
Depuis 2022, la Halle du Design de Renault Trucks est à la pointe du développement de la réalité virtuelle au sein du groupe Volvo. Cette Vision et son écosystème peuvent déjà être expérimentés grâce à nos casques de réalité virtuelle, qui constituent une plateforme idéale pour permettre à nos partenaires et à nos principales parties prenantes de découvrir et de mieux comprendre le concept.
Nous devons présenter le concept aux sapeurs-pompiers, recueillir leurs retours et confronter chacune de nos décisions aux réalités opérationnelles. Nous devrons également travailler avec des équipementiers, des spécialistes des drones et des capteurs, des fournisseurs de solutions de connectivité, des chercheurs et les pouvoirs publics. Renault Trucks peut proposer une Vision et une plateforme, mais un écosystème de cette nature ne pourra devenir opérationnel qu’avec la participation de l’ensemble de ces partenaires.
Paul Daintree est directeur du design chez Renault Trucks. Avec son équipe, il imagine et anticipe les camions électriques de demain. Il possède une solide expérience du design industriel, principalement appliqué aux camions et aux autres véhicules.
De 2002 à 2004, il travaille comme designer chez Volvo Trucks North America, avant de rejoindre Volvo Trucks, également en qualité de designer. En 2006, il intègre Kenworth Truck Co., puis rejoint Renault Trucks. Chez le constructeur français, il occupe successivement les fonctions de Lead Interior Designer, Senior Designer et Chief Designer.
Tout au long de sa carrière, il contribue à de nombreux projets de design, notamment au développement de véhicules conceptuels et à l’organisation d’études auprès de clients.
Paul Daintree est titulaire d’un Bachelor of Arts en design produit de l’Université de Leeds.